Référence

Martel, E., Cyr, C., St-Laurent, D., Tarabulsy, G.M., Bernier, A., Lemieux, R., & DUBOIS-COMTOIS, K. (2024). Histoire de maltraitance et sensibilité maternelle : Avoir un enfant difficile est-il un facteur de risque?. Enfance. 3: 275–292.

Résumé

La maltraitance vécue au cours de l’enfance complexifie la capacité des mères à décoder les besoins de leur enfant et est associée dans les écrits scientifiques à des comportements parentaux inadéquats (p. ex., insensibilité parentale, hostilité, intrusion). Cette association est toutefois de faible amplitude, avec une hétérogénéité des tailles d’effets obtenues, nécessitant de poursuivre les recherches pour identifier les facteurs qui pourraient atténuer ou augmenter le risque d’adopter des comportements parentaux inadéquats chez les parents ayant vécu de telles expériences au cours de l’enfance. La présente étude évalue l’effet modérateur de la perception des mères d’avoir un enfant difficile sur l’association entre les différentes formes de maltraitance vécues au cours de l’enfance (abus physique, sexuel ou émotionnel, négligence émotionnelle ou physique) et la sensibilité maternelle. Quatre-vingt-quatorze dyades de mères et d’enfants (0-6 ans) suivies en protection de la jeunesse en raison de maltraitance ou identifiées à haut risque de maltraitance ont participé à l’étude. Des questionnaires sur les expériences de maltraitance vécues au cours de 
l’enfance et la perception d’avoir un enfant difficile ont été complétés par les mères. Une rencontre à domicile a permis d’évaluer leur niveau de sensibilité parentale envers l’enfant. Il en ressort que la perception des mères d’avoir un enfant difficile modère 
l’association entre la sévérité des expériences de maltraitance (de façon globale) et la sensibilité maternelle, ainsi qu’entre les antécédents d’abus émotionnel et la sensibilité maternelle. En effet, lorsque les mères perçoivent leur enfant comme difficile, la sévérité de la maltraitance vécue durant l’enfance est significativement liée à un niveau de sensibilité maternelle plus faible. De même, un vécu d'abus émotionnel est associé négativement au niveau de sensibilité maternelle lorsque les mères ont cette même perception. Un lien négatif significatif a également été trouvé entre les antécédents d’abus physique et le niveau de sensibilité maternelle, et ce, indépendamment de la perception que les mères ont de leur enfant. Puis, aucun lien significatif direct ni aucun effet modérateur n’ont été trouvés pour les formes d’abus sexuel et de négligence émotionnelle et physique. Nos résultats montrent ainsi qu’en contexte de maltraitance (ou de risque de maltraitance), la perception d’avoir un enfant difficile agirait comme un facteur de risque supplémentaire aux difficultés des mères ayant vécu de la maltraitance durant leur enfance sur le plan de la sensibilité parentale. Enfin, les expériences d’abus physique devraient quant à eux être considérées comme un facteur pouvant fragiliser l’adoption de comportements sensibles aux signaux et aux besoins de l’enfant. Les conclusions de cet essai offrent un éclairage sur les comportements de l’enfant qui mettent à l’épreuve les mères ayant été maltraitées au cours de l’enfance, et qu’elles perçoivent comme plus difficiles à gérer.


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